Mardi 23 mars, le Premier ministre François Fillon a annoncé l’ajournement de la taxe carbone qui devait entrer en vigueur au 1er juillet. La France attend une position commune avec les autres pays européens. La taxe carbone, incomprise des français, est donc sacrifiée sur l’hôtel de la popularité après la défaite cinglante de la majorité présidentielle aux élections régionales.

Proposée par Nicolas Hulot dans son Pacte écologique lors de la campagne présidentielle de 2007, la taxe carbone avait été pensée pour modifier progressivement le comportement des ménages et des entreprises vers un utilisation plus sobre en énergies fossiles, de façon à participer à la lutte contre le réchauffement climatique et anticiper le prochain choc pétrolier.

Nicolas Sarkozy avait annoncée à l’automne 2009 la création de la taxe carbone sur les énergies fossiles et son application au 1er janvier 2010. Nicolas Sarkozy avait fait un parallèle avec l’abolition de la peine de mort pour mesurer l’importance symbolique de cette mesure. Mais le Conseil constitutionnel annulait le dispositif obligeant le gouvernement à revoir le dossier et reporter le lancement au 1er juillet.

Chantal Jouanno, la secrétaire d’État à l’Écologie a fait part de sa déception, déclarant ne pas être « en phase » avec l’idée d’attendre une décision européenne. « Je suis désespérée de ce recul, désespérée que ce soit l’écolo-scepticisme qui l’emporte », a déclaré Chantal Jouanno à l’AFP.

Michel Rocard qui avait présidé la conférence d’experts sur la taxe carbone a regretté cette décision, en précisant qu’il avait senti que le « gouvernement était inquiet, pas très courageux, et peu décidé ».

Le MEDEF s’est dit satisfait : « Nous sommes soulagés, notamment pour toute l’industrie qui n’aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité », a déclaré Laurence Parisot.

Le Premier Ministre a précisé lors d’un séminaire de parlementaires UMP que la taxe était reportée « parce que la décision du Conseil constitutionnel conduisait à pénaliser la compétitivité de l’économie français et parce que, pour être efficaces sur le plan environnemental, c’est toute l’Europe qui doit mettre en œuvre une fiscalité écologique incitatrice ». « Le président de la République et moi-même nous avons décidé de placer la question de fiscalité écologique au niveau européen ».

Lundi 29 mars, la Fondation Nicolas Hulot (FNH) annonce qu’elle suspend sa participation aux groupes de travail des Grenelles de l’environnement et de la mer. «L’abandon pur et simple de la taxe carbone, alors qu’un processus de concertation était en cours, est symptomatique d’un net recul de la classe politique qui, à droite comme à gauche, n’a pas pris la mesure des enjeux écologiques, et les considère essentiellement comme une variable d’ajustement politique», a regretté la Fondation Nicolas Hulot dans une lettre ouverte aux 750.000 signataires du «pacte écologique»


Un sondage Ipsos publié lundi par le journal France Soir révèle que 69% des sondés pensent que la décision d’abandonner la taxe est bonne. Seuls 21% des français regrettent le recul du gouvernement, et 10 % ne se prononcent pas.

Par ailleurs, 62% des personnes interrogées se disent « vraiment » et « plutôt favorable » à la création d’une taxe carbone au niveau européen, et seulement 33% se déclarent « plutôt » ou « vraiment » défavorables à cette mesure.

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